# Robot-rêveur

- Title: Robot-rêveur
- Content type: Curatorial text
- Language: fr
- Canonical URL: https://aurecevettier.com/fr/bibliography/curatorial-texts/robot-reveur-elora-weill-engerer
- Published: 2026-08-20T22:59:40+00:00
- Updated: 2026-08-20T22:59:40+00:00

## Details

- Author: Elora Weill-Engerer
- Year: 2021

## Main content

« *Le lion est fait de moutons assimilés.* »
— Paul Valéry

Lequel de la machine ou de l'artiste est le vassal de l'autre ? La pratique de aurèce vettier met au premier plan la question de la genèse de la création. Cela commence par son pseudonyme lui-même, généré par une intelligence artificielle (IA) à partir des noms d'artistes qu'il admire. En ce sens, « aurèce vettier » englobe à la fois l'artiste et l'ensemble des moyens techniques, physiques et humains qui l'assistent tout au long du processus créatif.

Un principe similaire d'altération du réel traverse l'ensemble de l'œuvre, à la fois anthropofuge et profondément poétique. À travers ses séries peintes et écrites, la présence omnipotente de l'artiste est toujours, dans une certaine mesure, retenue. La réalité est plutôt échantillonnée comme matière première, pour réapparaître sous la forme de réalités simulées dont le potentiel créatif réside précisément dans leur dissonance.

Comme l'écrit Jean Baudrillard en épigraphe du premier chapitre de *Simulacres et Simulation* : « *Le simulacre n'est jamais ce qui cache la vérité—c'est la vérité qui cache qu'il n'y en a pas. Le simulacre est vrai.* » Ici, la quête esthétique procède par un calcul aléatoire, automatique et génératif profondément mallarméen, que l'artiste synthétise tout en refusant de séparer la fantaisie de la chose elle-même.

Des images qui poussent contre les limites de la raison, les herbariums de aurèce vettier, en particulier, dépeignent des plantes chimériques et anti-darwiniennes qui ne pourraient jamais survivre dans la nature. Des nodules improbables, des propagules flottants et crépitants : ces formations hybrides révèlent leurs origines stochastiques et combinatoires. Il en va de même pour la série des colorimètres, dans laquelle le processus d'étalonnage des couleurs ne renvoie à aucun objet tangible.

Pour Paul Klee, « *le génie est l'erreur dans le système.* » Classer et soumettre à l'ordre scientifique ce qui n'existe pas, c'est, en d'autres termes, enchanter l'impondérable. Réalisant les prédictions du mathématicien du vingtième siècle et pionnier de la théorie informatique Alan Turing—selon lesquelles les machines deviendraient un jour capables de produire de la poésie—*Elegia Machina* est une fugue monacale aux inflexions oulipienne.

En paroles comme en images, surgit une tension entre la vaste masse de données assimilées par l'ordinateur et la simplicité formelle de l'œuvre qui en résulte, qui tend souvent vers l'abstraction. Dans la série de peintures à l'huile, les plantes sont générées à l'aide d'une IA qui imagine des spécimens potentiels croissant sur les sommets inaccessibles du *Mont Analogue*¹. Installées dans des compositions dont les fonds beige uniforme jettent le doute sur la main humaine qui en serait à l'origine, ces formes complexes et caverneuses sont arrangées comme des emblèmes, ou déployées comme des signes appartenant à un nouveau langage.

S'appuyant sur une conception scrupturaire plutôt qu'expressive de l'art, telle que l'a préconisée Barthes dans *L'Empire des signes*, les machines de aurèce vettier pour écrire, peindre et rêver déploient des objets génériques comme des grammaires pictographiques qui restent à déchiffrer.

Étymologiquement, la machine—du grec *machana*, signifiant « *dispositif* » ou « *artifice* »—et le robot—du slave *rabota*, signifiant « *travail* »—sont tous deux des moyens dirigés vers une fin : ils servent une vision humaine. Même dans les formes les plus avancées d'IA, la technologie ne peut être véritablement comprise comme « intelligente » que dans la mesure où elle est utilisée, manipulée et activée comme un langage.

À l'encontre des récits orientés vers l'effondrement prédisant le remplacement des êtres humains par les machines, la pratique de aurèce vettier met plutôt en avant un principe de collaboration créative et générative entre les deux. Les passages entre la réalité tangible et le monde numérique au sein de ce dialogue interspécifique n'opèrent pas dans une seule direction. Ils donnent plutôt lieu à une intoxication symbolique et mystique qui offre ultimement une contreforce aux formes modernes de déshumanisation.

¹ Titre du roman inachevé de René Daumal, publié en 1952.
