aurèce vettier, profession obtenteur
Pour aurèce vettier, le numérique n'est pas une fin en soi. En appréhendant l'intelligence artificielle comme une interlocutrice, l'atelier artistique fondé par Paul Mouginot en 2019 adopte une pratique hybride, toujours prête à produire de nouveaux prolongements.
Les herbiers d'aurèce vettier possèdent une netteté photographique qui rappelle l'œuvre de Karl Blossfeldt. En isolant des détails—une pousse bourgeonnante, la délicatesse d'une tige, la courbe d'une feuille—ses peintures à l'huile semblent appartenir à une tradition d'observation scientifique. Pourtant, la dimension scientifique ne se trouve pas là où on pourrait l'attendre. Elle réside dans le code.
Ces plantes hautement ornementales ne sont pas réelles et n'auraient probablement pas pu exister sans l'ordinateur qui les génère. Elles acquièrent leur plausibilité par le biais d'un algorithme qui compose à partir de bases de données et de vrais spécimens d'herbiers, mais elles sont cultivées, pour ainsi dire, en tant qu'anomalies.
Un sélectionneur de plantes est quelqu'un qui consacre son temps à créer de nouvelles variétés, le plus souvent associées aux roses. L'objectif peut être de produire des fleurs plus parfumées ou des plantes plus résilientes, mais en horticulture, les motivations sont souvent avant tout esthétiques—les mêmes motivations qui animent aurèce vettier et le poussent à parachever ses œuvres à la main avec des pinceaux, leur conférant une existence matérielle au-delà de l'écran.
Les cultivars—des variétés créées par intervention humaine—peuvent devenir plus fragiles précisément en raison des qualités pour lesquelles on les recherche. Un double rang de pétales, par exemple, peut décourager les insectes pollinisateurs, rendant la fleur stérile et incapable de se reproduire sans intervention manuelle.
Les créations d'aurèce vettier entretiennent une relation similaire avec la rareté. Elles sont uniques parce qu'elles émergent d'une sélection opérée parmi des centaines de possibilités générées par l'intelligence artificielle. Elles sont aussi uniques parce qu'elles résultent d'un dialogue entre différentes mains et formes d'intelligence : celles du programmeur, du peintre ou du sculpteur, et bien sûr celle de l'entité générative elle-même.
À aucun moment l'intention n'est de simplement laisser « l'ordinateur cracher des œuvres d'art », comme l'exprime aurèce vettier. Au-delà de la dimension conceptuelle, il revendique plutôt une approche sensible et matérielle qui s'étend jusqu'à la fabrication d'objets. Les herbiers peuvent ainsi se prolonger en sculpture, reproduisant une branche ou une nouvelle pousse. L'œuvre s'enrichit par le biais de techniques et de matériaux traditionnels tels que le bronze et la peinture.
Enfant de la culture numérique et étroitement lié aux communautés contemporaines sensibles à la technologie, aurèce vettier a une vision claire de la manière dont de telles approches pourraient se renouveler par un degré plus grand d'hybridité, tant sur le plan conceptuel que formel.
Alors que de nombreux artistes travaillant avec du code se concentrent sur sa rédaction, développant l'intelligence artificielle par la construction d'ensembles de données avant de laisser la machine opérer de façon autonome, aurèce vettier cherche à étendre la collaboration au-delà du protocole lui-même. Comme il l'affirme, les algorithmes qu'il utilise ne sont pas nécessairement les plus récents ou les plus complexes, mais plutôt ceux qui laissent la plus grande place aux allers-retours avec l'humain.
Il existe en effet une véritable notion de dialogue avec l'intelligence artificielle. Cela exige du temps pour apprendre et pour être ajusté. Il faut d'abord le nourrir avec un ensemble de données, aussi large ou aussi spécifique que possible, afin qu'il puisse commencer à saisir les subtilités—puis il faut le pratiquer, presque comme un instrument.
Chaque programmeur se développe selon sa propre individualité, et plus l'algorithme est simple, plus clairement la sensibilité de la personne qui en est à l'origine peut être perçue. Il n'y a donc aucune raison de craindre pour la question de l'authorship—bien au contraire.
« L'algorithme est un moteur d'écriture, une manière de propulser la création », explique aurèce vettier. Ainsi, lorsqu'il commence à écrire des poèmes, puis se fixe pour tâche de compléter le roman inachevé de René Daumal Mont Analogue, il le fait avec quelque chose de l'enthousiasme des Surréalistes pour l'écriture automatique.
Comme l'écriture automatique, l'algorithme peut offrir un moyen d'accéder à l'inconscient. Et par le jeu des traductions entre l'anglais—la langue dominante de l'informatique—et le français, il devient possible de composer tout en conservant simultanément un état de lucidité complète.
Les œuvres les plus récentes d'aurèce vettier pourraient suggérer une affinité avec le Surréalisme. Cette ressemblance est trompeuse : leur point de départ est simplement ses rêves. En tentant de les traduire en images par le biais d'algorithmes, il brouille délibérément les frontières et s'en surprend même lui-même. La technologie prolonge les rêves humains et les enrichit.
Par son processus de travail et ses performances en tant qu'écrivain public, aurèce vettier explore de nouveaux modes d'interaction avec le public et la technologie. Ce faisant, il se situe dans une lignée d'artistes qui, à la suite de Barthes et de son essai sur la mort de l'auteur, abandonnent l'idée du génie artistique solitaire afin d'affirmer plus pleinement notre capacité collective de création.
Note : En botanique, un sélectionneur de plantes est une personne qui crée un cultivar—une nouvelle variété végétale—soit par hasard, soit par sélection délibérée.